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lundi 24 septembre 2012

Yves Bonnefoy : Le Haut du monde



Je sors,
Il y a des milliers de pierres dans le ciel,
J'entends
De toute part le bruit de la nuit en crue.
Est-il vrai, mes amis,
Qu'aucune étoile ne bouge ?


Est-il vrai
Qu'aucune de ces barques pourtant chargées
D'on dirait plus que la simple matière
Et qui semblent tournées vers un même pôle
Ne frémisse soudain, ne se détache
De la masse des autres laissée obscure ?


Est-il vrai
Qu'aucune de ces figures aux yeux clos
Qui sourient à la proue du monde dans la joie
Du corps qui vaque à rien que sa lumière
Ne s'éveille, n'écoute ? N'entende au loin
Un cri qui soit d'amour, non de désir ?

lundi 27 août 2012

Et je vous recommande…





… un concentré de bonne humeur : Chantons sous la pluie. L’archi-célèbre comédie musicale de Broadway fait partie des classiques auxquels l’on fait allusion sans qu’on les connaisse. Pourtant, l’œuvre ne saurait se réduire à sa chanson éponyme, même follement entraînante : en fait c’est du miel, du caramel, du nougat, une de ces comédies bon enfant comme seuls les ricains savent les faire. Car évidemment, on retrouve toutes les ficelles du music-hall, du cinéma muet des numéros de clowns grotesques à mourir de rire et des danses de claquettes. Mais la différence majeure réside dans un second degré tout à fait moderne. De l’ironie, de l’autodérision ? Les Américains nous ont rarement habitués à ça ! L'humour qui foisonne dans tous les coins !



Autre chose, qui crève les yeux : The Artist, le film primé aux oscars, s’en est très fortement inspiré, la chose est é-vi-dente lorsqu’on le voit la première fois. Jean Dujardin pastiche admirablement le héros du film. Chantons sous la pluie est un intertexte délicieux pour ceux qui ont aimé The Artist.

Bref, Chantons sous la pluie, c’est l’essence même du spectacle hollywoodien, mais sauf en mieux ! 


dimanche 26 août 2012

Les artistes et le sexe

Ce mois-ci, dans Beaux-Arts Magazine, une édition spéciale sur les artistes et le sexe, l'occasion de découvrir la part libidinale (évidemment plus qu'essentielle) de l'oeuvre d'art.

On y découvre une sympathique typologie, allant de la nudité exhibée et des fantasmes crevant la toile (ou la pellicule) au créations introverties et torturées, aux pulsions refoulée et symbolisées (et ce n'est certes pas S. Freud -par exemple- qui irait dénier l'intérêt de cette section du reportage).


Je suis personnellement charmé par la touche et la composition des tableaux de G. Courbet...


Gustave Courbet, La femme aux bas blancs (détail)


Gustave Courbet, Le Sommeil ou Paresse et Luxure


Et je suis sûr que je ne suis pas le seul à partager cet émoi purement artistique. Certains exemples sont beaucoup plus sublimés tels La Fiancée du vent, d'Oskar Kokoschka (1913). C'est mon coup de coeur artistique du dossier. Après le charme figuratif de Courbet, voilà la splendeur transcendante de l'amour d'un couple au milieu de sa nébuleuse expressionniste:






Je cite en passant Marcel Duchamp, Etant donné, surréaliste et par conséquent onirique à souhait. À lire avec un poème d'André Breton...

Lucien Clergue, Triade de la Genèse (qui est un hommage plus que sublime rendu à la féminité).

Et, sans transition ni chronologie, le sublime dévoilé, très dynamique et théâtral de Jean-Léon Gérôme, Phryné devant l'aéropage.



Le dossier propose ensuite une ouverture sur les arts plus jeunes comme la BD, et évoque notamment les oeuvres de Milo Manara (Le déclic, dont le premier tome paraît en 1983), dont je vous laisse chercher les planches sur Google pour ne pas être taxé de rédacteur de blog licencieux. Attention! son oeuvre s'adresse à un public averti!
Milo Manara - Le déclic, tome 1

On déplore cependant, exception faite de quelques notables artistes (surtout de Raphaël) une certaine pauvreté en ce qui concerne l'influence des passions chez les artistes homosexuels. Exceptés d'éternels déhanchés de Saint-Sébastien(s) ligotés et la mention de certains détails olé-olé malheureusement recouverts de la chapelle Sixtine à Rome, l'homosexualité est nettement bien représentée (pour des raisons touchant à l'histoire de l'art et non à une éventuelle sélection de la part des rédacteurs du magazine).

À découvrir donc de ses propres zn'oeils (car ma lecture est très, très sélective), par exemple à la Médiathèque André Malraux...

jeudi 23 août 2012

METRO D’IDÉES

Ce qui m’attriste, ce sont les rêves avortés Les souvenirs insouciants d’un merveilleux passé C’est l’habitude à jamais révolue de te manger des yeux D’avoir une vie pour nous et un rêve pour deux Ce qui m’attriste ce n’est pas ce que j’ai perdu Ou bien ce que j’avais comme tes pieds nus Ce qui m’attriste c’est ce que je n’ai fait qu’entrevoir Un merveilleux demain qu’on ne peut plus avoir La solitude me tue car elle me rappelle trop Le temps où je t’attendais avec l’espoir si beau De t’avoir pour moi bonheur partagé Ce temps où tu disais si bien m’aimer

lundi 1 novembre 2010

Lire! Pour refuser la dictature médiatique (2)

Le roman (comme toute la culture) se trouve de plus en plus dans les mains des médias ; ceux-ci étant agents de l'unification de l'histoire planétaire, amplifient et canalisent le processus de réduction ; ils distribuent dans le monde entier les mêmes simplifications et clichés susceptibles d'être acceptés par le plus grand nombre, par tous, par l'humanité entière. Et il importe peu que dans leurs différents organes, les différents intérêts politiques se manifestent. Derrière cette différence de surface règne un esprit commun. Il suffit de feuilleter les hebdomadaires politiques américains ou européens, ceux de la gauche comme ceux de la droite, du Time au Spiegel ; ils possèdent tous la même vision de la vie qui se reflète dans le même ordre et selon lequel leur sommaire est composé, dans les mêmes rubriques, les mêmes formes journalistiques, dans le même vocabulaire et le même style, dans les mêmes goûts artistiques et dans la même hiérarchie de ce qu'ils trouvent important et de ce qu'ils trouvent insignifiant. Cet esprit commun des mass media dissimulé derrière leur diversité politique, c'est l'esprit de notre temps. Cet esprit me semble contraire à celui du roman.
 L'esprit du roman est l'esprit de complexité. Chaque roman dit au lecteur: "les choses sont plus compliquées que tu ne le penses." C'est la vérité éternelle du roman mais qui se fait de moins en moins entendre dans le vacarme des réponses simples et rapides qui précèdent la question et l'excluent.


Milan Kundera, L'art du Roman, (Partie 1)