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lundi 24 septembre 2012
Yves Bonnefoy : Le Haut du monde
Je sors,
Il y a des milliers de pierres dans le ciel,
J'entends
De toute part le bruit de la nuit en crue.
Est-il vrai, mes amis,
Qu'aucune étoile ne bouge ?
Est-il vrai
Qu'aucune de ces barques pourtant chargées
D'on dirait plus que la simple matière
Et qui semblent tournées vers un même pôle
Ne frémisse soudain, ne se détache
De la masse des autres laissée obscure ?
Est-il vrai
Qu'aucune de ces figures aux yeux clos
Qui sourient à la proue du monde dans la joie
Du corps qui vaque à rien que sa lumière
Ne s'éveille, n'écoute ? N'entende au loin
Un cri qui soit d'amour, non de désir ?
vendredi 31 août 2012
Poème extrait de Les planches courbes d'Yves Bonnefoy
IX
Elle chantait: "Je suis, je ne suis pas,
Je tiens la main d'une autre que je suis,
Je danse parmi mes ombres, l'une se tourne
Vers moi, elle est riante, elle est sans visage.
Je danse avec mes ombres sur le chemin,
Je ne trouve qu'en elles ma joie d'être,
Je sais pourtant qu'avant l'aube le fer
Déchirera l'étoffe de la danse.
Et je me tourne alors vers cette plus gauche,
Cette plus hésitante et comme étonnée
Qui se tient en retrait, dans la musique:
Vois, ce n'est que pour toi que je ris et danse."
in "la voix lointaine"
mardi 28 août 2012
jeudi 23 août 2012
METRO D’IDÉES
Ce qui m’attriste, ce sont les rêves avortés
Les souvenirs insouciants d’un merveilleux passé
C’est l’habitude à jamais révolue de te manger des yeux
D’avoir une vie pour nous et un rêve pour deux
Ce qui m’attriste ce n’est pas ce que j’ai perdu
Ou bien ce que j’avais comme tes pieds nus
Ce qui m’attriste c’est ce que je n’ai fait qu’entrevoir
Un merveilleux demain qu’on ne peut plus avoir
La solitude me tue car elle me rappelle trop
Le temps où je t’attendais avec l’espoir si beau
De t’avoir pour moi bonheur partagé
Ce temps où tu disais si bien m’aimer
samedi 4 août 2012
Les mots à venir sont à jamais perdus
hier encore c'était l'aube et nous vivions à la surface
mes godasses se sont remises sur pieds
mais je n'ai pas dormi de la nuit
j'ai pleuré les larmes sur ton corps
debout dans un corpuscule comme plus à moi
et dans tes bras qui ne l'étaient pas plus
je regarde un peu ce monde à en mourir
par l'horizon vieilli qui me reste ami
dans son tempérament
faines d'herbes vertes godasses
tu parles
d'un monde bizarrement décédé
un vieux monde une rocaille de jardinet
mais je me tais car
l'amertume du paysage m'est aussi un dégoût
au fond du coeur
tu sais tout est catastrophe à présent
à présent c'est trop tard
mais tu sais j'aurai beaucoup aimé vivre au soleil contre toi
sentir le vent et l'azur dans tes cheveux
tes yeux de petits sablés
et comprendre enfin l'expression
l'aube au doigts de rose
dans le creux de ton cou
je t'ai perdue
peut-être par inadvertance
peut-être égarée
ou peut-être
peut-être t'es tu cambriolée toute seule
par une porte des champs
il ne me reste plus qu'un devoir
un temps de veille à celui qui lit
à défaut d'un baiser
pour ne jamais t'omettre
pour ne pas t'oublier dans le noir
pour ne pas t'oublier au charbon
au milieu des bruits sourds
des caves d'hommes souterrains
il me reste la plume
et du noir et blanc
mais ces mots à venir
te sont à jamais perdus
lundi 1 novembre 2010
Extrait de "Rêverie sur ta venue" de Guillaume Apollinaire
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Dans la chambre de volupté
Où je t'irai trouver à Nîmes
Tandis que nous prendrons le thé
Pendant le peu d'heures intimes
Que m'embellira ta beauté
Nous ferons cent mille bêtises
Malgré la guerre et tous ses maux
Nous aurons de belles surprises
Les arbres en fleur les Rameaux
Pâques les premières cerises
Nous lirons dans le même lit
Au livre de ton corps lui-même
- C'est un livre qu'au lit on lit -
Nous lirons le charmant poème
Des grâces de ton corps joli
Nous passerons de doux dimanches
Plus doux que n'est le chocolat
Jouant tous deux au jeu des hanches
Le soir j'en serai raplapla
Tu seras pâle aux lèvres blanches
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